/Quentin /
Son dos caressé par ma large main est secoué par des spasmes irréguliers qui trahissent la profonde tristesse qu'elle tente de cacher. Cela fait des heures que je fais tout ce qui en mon pouvoir pour la calmer, mais elle est rongée par la culpabilité et n'arrive pas à s'en remettre. Voilà plusieurs minutes que j'ai arrêté de lui parler, cela ne servait à rien, elle ne m'écoutait pas et me répétait sans cesse que " tout était de sa faute, qu'elle avait tout gâché et que Bill ne voudrait plus jamais d'elle ".
Suite à ce mariage raté, situation m'est assez inconfortable puisque je suis partagé entre plusieurs opinions : d'abord je déteste voir ma petite soeur être si malheureuse, je déteste notre mère d'avoir fait ça, je déteste Bill de n'avoir pas su retenir ma soeur avant qu'elle ne s'enferme dans sa chambre, je me déteste pour ne pas savoir la consoler mais d'un autre côté, je suis soulagé que ce mariage n'ait pas eu lieu. Bien sûr j'ai conscience que Bill et Lounete s'aiment aujourd'hui et que c'est pour cette raison qu'ils ont décidé de s'unir sous le serment de Dieu, mais je trouve toujours qu'ils sont bien trop jeune pour s'engager de cette manière, qu'ils devraient se laisser plus de temps, et pour moi cet échec est une preuve qu'ils n'étaient pas prêt à subir les conséquences d'un mariage, aussi bonnes et mauvaises soient-elles.
- Il faut que j'enlève ma robe, dit-elle en reniflant, me sortant de ma passivité.
- Tu veux que je sorte ?
-Non, je ... j'aurais besoin d'aide pour enlever la fermeture éclair, repond-t-elle avec difficulté, une boule coincée dans la gorge.
J'acquiesce de la tête tandis qu'elle se lève et se place devant le miroir.Je me place à sa gauche et regarde le reflet que nous renvoi la glace. Je ne vois qu'une personne, moi, je ne vois pas ma soeur car la lueur qu'elle avait d'habitude dans les yeux s'est éteinte cet après-midi, elle est toute pâle et ses yeux sont rouges d'avoir trop versés de larmes. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même, ce nouveau drame l'a achevé, et il est difficile pour moi de rester dans cette ambiance de malheur et d'accablement étouffants.
Elle retire son voile qui glisse lourdement dans son dos, son mariage est derrière elle.
Elle me jette un coup d'oeil, me faisant comprendre que je dois à présent lui ouvrir la fermeture éclair de sa robe qui avant lui allait comme un charme, mais qui maintenant l'étouffe.
De mes mains je lui caresse les épaules pour la détendre, et tire sur la base de la fermeture qui s'ouvre dans un assourdissant " zip ".
Arrivée en bas, je l'aide à faire glisser ses manches sur ses bras, sentant qu'elle n'a plus la force de le faire.
Je colle mon torse à son dos afin de frotter ma joue contre la sienne pour sécher ses larmes, et me laisse emporter par l'odeur de sa peau, elle sent la rose des champs, la rose blanche de pureté, une pureté enfantine qui est aussi difficile à avoir qu'à garder, et quand on a la chance de rencontrer une personne d'une telle pureté, on ne la lâche plus, et si Bill n'a pas compris cela, c'est que c'est un abruti fini.
Elle se dégage de mon étreinte, et, sans me demander la permission, elle prend dans ma valise un large Tee-shirt dont elle se recouvre le dos. Puis, prise par un élan de lucidité, elle stoppe ses gestes et me regarde les yeux ronds en me demandant :
- Mes filles ? Mes filles? Où sont mes filles ?! répète-t-elle effrayé à l'idée de les avoir laissé seules.
- Ne t'inquiète pas, elles sont avec Fabian et Georg, dis-je pour la rassurer.
-Ah, souffle-t-elle plus tranquille, heureusement qu'ils sont là eux.
Je grimace, vexé, et pars m'allonger sous la couette du lit double sans dire un mot et croise les bras derrière ma tête.
Elle contourne le lit, prend le téléphone fixe posé sur la table de chevet et appelle Georg et Fabian afin d'avoir des nouvelles de Fanny et Alison. Un fois assurée que tout se passe pour le mieux, après les avoir remercié, elle raccroche en soufflant, contente d'avoir des amis aussi fins que Georg et Fabian qui ne lui ont posé aucune question sur sa santé, sachant évidemment qu'elle allait très mal, cela s'entend simplement au son de sa voix, éteinte, elle aussi.
Elle soulève les draps du lit et se glisse dedans. Sa main froide se pose sur mon bras et le caresse.
Elle sent que moi aussi je suis mal dans cette situation et tente de m'apaiser, on s'apporte notre soutient mutuellement.
Elle pose sa tête sur mon torse et, lui ayant déjà pardonné sa maladresse vexante, j'encercle son corps glacial contre moi, pour lui apporter ma chaleur d'homme réconfortante.
Sa tête se soulève au rythme de ma respiration mais nous ne dormons pas, et je ne pense pas que l'un de nous parviendra à gagner le sommeil ce soir, ou alors que très légèrement ...
[ ... ]
Les paysages défilent rapidement sous nos yeux, sans qu'on ait le temps de voir avec détail les arbres qui s'alignent à une vitesse vertigineuse, une vitesse de TGV .
Nous sommes dans le train en direction de Paris, bientôt nous enchainerons avec une bonne dizaine de quais de métro.
Lounete a décidé de rentrer à la maison, de s'éloigner du lieu du massacre, de fuir pour tenter d'oublier.
Je la sens de plus en plus mal, pourtant, cet échec date maintenant d'une semaine, mais son état se dégrade et je me sens impuissant. Au final, elle a pleuré seulement le premier jour, après elle a voulu se montrer forte pour ses filles, elle a renforcé sa coquille, elle ne parle plus beaucoup, ne mange plus beaucoup non plus et se défoule dans le ménage ou le sport alors que ses pensées s'envole toujours ailleurs, toujours vers Bill, je le sais bien.
Elle ne l'a pas recontacté depuis, et il ne l'a pas recontacté non plus. Elle pense qu'il lui en veut trop d'être partie, de l'avoir laissé tout seul à l'église alors qu'elle, elle s'est enfuie lâchement.
Je trouve cela stupide, car je pense que Bill ne lui en veut pas et même s'il lui en voulait, il n'est pas idiot, il sait bien tous les malheurs que nous a causés notre mère, il saurait très bien lui pardonner d'être parti s'il l'aime tant, je pense même qu'il est aussi déprimé que ma soeur suite à cet échec qui sonne un peu comme une rupture actuellement puisqu'ils font comme si l'autre n'avait jamais existé, enfin c'est toujours plus facile de comprendre la situation quand on n'est pas concerné autant que le sont Lounete et Bill...
/ Tom /
Maman entre dans notre chambre après avoir frappé, le regard toujours aussi triste depuis cet épisode et elle soupire une fois de plus en se sentant inutile lorsqu'elle remarque que Bill est assis en tailleur sur son lit en train de regarder la télévision tout en se gavant grossièrement de chips au fromage. Il ne fait que ça depuis une semaine, il s'est complètement laissé aller. Il ne se maquille plus, ne prend plus la peine de se doucher, ni d'enlever ses poils qu'il déteste, il ne fait plus attention à sa ligne et cela commence à se voir puisque son ventre légèrement gonflé dépasse de son tee-shirt noir trop court. Pour résumer, il fait une vraie crise d'adolescence à retardement doublé d'une sorte de crise de boulimie.
Ma mère s'avance vers la télé qu'elle éteint, et elle s'accroupit devant mon frère en mettant ses mains sur ses genoux tandis que lui soupire et passe de la position assise à allonger, sans décroiser ses jambes, la tête sur mes genoux, moi-même étant assis en tailleur, adossé au mur. J'en profite pour lui caresser les cheveux tandis que ma mère se résigne à s'assoir à côté de nous afin de pouvoir lui parler dans les yeux.
- Bill, donnes-moi ce paquet de chips s'il te plait, demande-t-elle d'un air las en tendant la main dans sa direction tandis que je soupire, sachant très bien qu'il ne le fera pas.
- Non, répond-t-il catégoriquement en fourrant une énième chips dans sa bouche.
- Bill ça suffit maintenant, comporte toi en adulte ! C'est pas en devant moche et puant qu'elle va revenir ! s'énerve ma mère, à cran de se sentir aussi inutile pour Bill .
Je fais signe de la tête à ma mère pour qu'elle arrête de s'énerver, qu'elle n'en tirera rien de bon de cette manière, mais elle n'en peut plus et depuis le temps qu'elle ne nous a pas eu à la maison, elle ne sait plus vraiment comment agir avec nous.
- Maintenant tu me donnes ça, dit-elle en lui arrachant le paquet de chips, et tu files à la douche tout de suite ! crie-t-elle en pointant la salle de bain du doigt.
- Maman arrêtes, je la préviens en sentant Bill trembler sur moi .
Mais elle ne se calme pas et attrape Bill par le poignet en le tirant vers elle. Il se met à pleurer, chose qu'il n'avait même pas faite après son mariage raté, pendant que ma mère le traine vers la salle de bain. A bout, mon petite frère s'écroule par terre, ma mère renonce, le lâche en passant sa main sur son front, s'en voulant déjà de cette crise de colère qui n'aurait jamais du avoir lieu, et trop coupable, elle sort de la chambre.
Je me lève du lit où j'étais installé, et me dirige vers mon frère. Il est encore allongé sur le sol, la tête dans ses main, il tente d'étouffer ses sanglots. Je m'accroupis près de lui et lui caresse le bras, mais rageusement il le repousse. Je n'en attendais pas moins de lui, il se relève et se met à courir hors de la chambre.
Je soupire une énième fois, me relève en faisant craquer mes articulations et ramasse le paquet de chips vide négligemment jeté par terre par ma mère et le met dans la petite corbeille sous mon bureau.
Je descend les escaliers pour chercher mon frère lorsque j'entends des sanglots étouffés et des bruits de renvoit provenant de la cuisine. J'ouvre la porte de cette dernière et reste ébahi devant le spectacle qui s'offre à mes yeux. Sur la table ronde, un pot de crème fraiche ouvert, un paquet de biscuit au chocolat, un pot de pâte à tartiné, une brique de lait, des pétales de céréales écrasé sur le sol. Ajouté à cela, les bruits de vomissement de mon frère, penché au dessus du lavabo qui me font comprendre qu'en l'espace des cinq minutes où je n'étais pas près de lui, il a dévoré, avalé, ingurgité, toute cette quantité de nourriture, certainement en faisant des mélanges tellement infâmes que je mets ma main devant la bouche afin de ne pas être dans le même état que lui.
Je m'approche , ses sanglots et ses vomissements l'empêchent de respirer correctement, ses yeux sont rouges et gonflés, il panique, et il faut absolument que j'arrive à le calmer avant qu'il ne s'étouffe.
Je me positionne derrière lui de mon bras gauche, j'encercle son corps que je colle à ma hanche et pose ma main sur son ventre qui se tortille tellement fort que je sentirais presque ses intestins grouiller sous mes doigts. De ma main droite j'allume le robinet et fait couler de l'eau pour en passer sur le visage de mon frère. Il ne vomit plus et j'en profite pour lui faire avaler de l'eau que j'avais garder dans ma main pour ne pas qu'il se déshydrate trop après cette violente crise. Malheureusement, chaque chose qu'il avale semble le faire vomir, et de la bile se met maintenant à couler de ses lèvres.
Il se calme légèrement et lève le nez vers la fenêtre. Comprenant que l'odeur de ses régurgitements lui retourne autant l'estomac qu'à moi, j'ouvre la petite fenêtre qui se situe au dessus du lavabo.
La brise s'invite dans notre maison, nous caresse les joues, fait virevolter les petits rideaux blancs et danse avec nos cheveux.
Exténué, le corps de Bill glisse contre le meuble en bois de la cuisine et ses fesses se posent presque délicatement sur le carrelage.
A mon tour je me laisse glisser dans un soupire et m'assois à côté de mon frère.
Je ne bouge pas et laisse quelques minutes s'écouler.
Bien entendu, j'ai envie de le réconforter, je souffre de cette situation, j'ai du mal à me montrer fort et tente tant bien que mal, de puiser mon énergie et ma confiance dans le yoga et divers exercices de relaxation mais j'ai bien peur que cela ne suffise plus face à la détresse qui a envahit le coeur de Bill et et commence peu à peu à envahir le mien. L'impuissance est vraiment l'un des sentiments les plus difficile à dissimuler, à vaincre aussi, car il disparaît seulement grâce à l'aide de la personne à sauver, et quand la personne qu'on veut sauver ne veut pas se faire aider, ce sentiment est encore plus fort.
J'entends que les larmes de Bill se tarissent et sa respiration se faire plus lente, il est en train de s'endormir, il en avait bien besoin.
Je me lève et m'étire dans un soulagement, ma position sur le carrelage commençait à se faire inconfortable.
Je ramasse tous les déchets qui trônent que je mets dans un grand sac poubelle, pris au préalable dans le tiroir sous le micro-ondes.
Je vais refermer la fenêtre pour ne pas attraper froid quand je sens deux bras m'enrouler les jambe.
Je laisse mes lèvres se fendre dans un sourire et me penche pou caresser la joue humide de mon frère tandis que ses lèvres à lui tentent un sourire qui se transforme en rictus.
Ses petits yeux fatigués clignent plusieurs fois alors qu'il se relève pour me serrer dans ses bras.
Son corps devenu un peu rond est chaud, il n'a pas de fièvre, il est comme ça depuis plusieurs jours, une semaine pour être précis, la flamme de l'amour qui l'habitait le ronge, cette flamme qui a encore besoin de celle qui est en Lounete afin de retrouver une intensité normale, non-agitée, pour se consumer tranquillement sans la peur d'être seule sans l'autre moitié de ses braises, et c'est cette flamme qui le brule de l'intérieur.
Ses bras me serrent, je lui embrasse le front et lui murmure comme une promesse :
" - Demain, on part en voyage."
Il hoche la tête en signe d'affirmation, trop perdu pour désapprouver mon idée, et fléchit sur ses genoux pour sauter sans précipitation dans mes bras, ce geste étant une demande silencieuse de le porter jusque dans son lit afin qu'il puisse se reposer davantage que sur le carrelage dur et froid de la cuisine.
/ Bill /
Voilà trois jours que mon frère m'a tiré de ma léthargie en m'emmenant en " voyage " comme il dit, puisqu'on ne peux toujours pas affirmé que mon état se soit grandement arrangé depuis que nous somme partis d'Hambourg. Mis à part le fait que je ne reste plus enfermé toute la journée dans ma chambre à manger, je suis toujours éteint, errant sans grand but particulier, je vois toujours la vie en noir et mon corps ne cesse de brûler, d'hurler sa solitude.
Mon frère m'a fait croire qu'il m'emmenait en voyage pour me faire décompresser, pour m'aérer, mais en fait j'ai bien compris son stratagème, car depuis trois jours, nous nous promenons dans de petites villes qui nous rapprochent de plus en plus de Paris, de plus en plus près de Lounete, et je ne m'y oppose pas, je sais que pour me sentir mieux, il faut que j'aille la voir, lui parler, m'excuser aussi de ne pas avoir réussi à la protéger de sa mère alors que je lui avais pourtant promis, et que j'étais sur le point de concrétiser cette promesse en me mariant avec elle. Mais j'ai échoué, et depuis, j'enchaine les promenades, qui j'espère me feront perdre ce ventre rond qui s'est installé sans que je ne le vois venir et qui tire sur mes vêtements moulant, et je termine ma journée par une séance de yoga avec Tom.
Si cette technique de relaxation a marché avec lui, j'ai bien peur qu'elle ne m'apporte pas la paix intérieur que lui a réussi à trouver. Enfin dire que Tom l'a trouvé est un bien grand mot, disons qu'il va beaucoup mieux tant qu'on est loin de Paris et que le yoga l'aide à surmonter ses angoisses mais il ne faut pas non plus exagérer, il ne se remettra jamais vraiment de son enlèvement qui lui a tout de même causé un grand traumatisme allant jusqu'au séjour dans un hôpital psychiatrique, et ça, même toutes les meilleurs volontés du monde, rien n'effacera cette partie de sa vie.
On vit tous avec un poids lourd sur le coeur, Tom son enlèvement, Georg et Fabian les insultes homophobes à supporter, Gustav sa solitude, Maman ses violentes disputes avec papa avant qu'ils ne se séparent, Quentin sa fuite de plusieurs années, Lounete son viol et moi l'échec ne n'avoir pas pu mener mon groupe jusqu'au bout, jusqu'à ses dernières ressources, peut-être aurions-nous pu remplir les oreilles de l'Amérique avec nos musiques si j'avais tout donné pour, mais ce n'est pas le cas, et cela fait parti de nos souvenirs, mauvais certes, mais il y en a aussi des bons, la vie ne peut pas être toute rose, la nature nous met à l'épreuve chaque jour et il faut toujours faire de son mieux, les échecs nous aident à avancer, nous nous relevons tous un jour.
Mes pas rapides et déterminés m'emmènent enfin devant cette maison que je connais tant, mon portable se met à vibrer, signe que je reçois un message que je lis tout en marchant :
" ça va bien se passer, bon courage p'tit frère ! "
A ces mots, mon coeur se gonfle encore plus de courage, courage que Tom m'insuffle chaque jour un peu plus et qui me fait comprendre qu'au moins je n'aurais pas de regret, j'aurais tout essayer.
Plus je me rapproche de cette maison, plus ce courage grandit, plus mes souvenirs se bousculent dans ma tête et me rapelle ce pourquoi je suis là, celle pour qui je suis là .
Je me souviens avoir passé de si bon moment avec elle, même quand nous nous connaissions à peine, je frissonnais au moindre de ses contact tout comme elle lors de notre première journée ensemble dans cette près de la piscine.
"
Gustav, Georg, Tom et moi étions en train de nous mettre en maillot de bain, j'étais prêt légèrement avant eux et j'étais parti dans le jardin afin de voir si Lounete était déjà au bord de la piscine. Arrivé dehors, je l'avais vu en bikini, en train de se battre tant bien que mal avec la bâche. J'avais souris et m'étais placé derrière elle sans qu'elle ne me vis je lui avait demandé :
- Tu as besoin d'aide ?
Ne m'ayant pas vu elle avait sursauté et je m'étais senti ridicule en m'entendant dire avec un sourire gêné :
- Je t'ai fais peur ?
- Un peu... Je ne t'avais pas entendue arriver, m'avait-elle répondu en frissonnant au contact de mon torse nu contre son bras "
Sans oublier la première fois où nous avons dormi ensemble :
" Après l'après-midi piscine qui s'était plutôt mal déroulée pour Lounete puisqu'elle avait été assommée par Tom qui lui était tombée dessus, elle nous avait proposé de dormir chez elle. Nous avions acceptés avec joie, content de pouvoir prolonger la bonne journée passée à ses côtés. Mais arrivés devant la porte de son appartement, elle s'était arrêtée subitement en disant :
- Je viens de penser que je n'avais que 2 lits double !
- Euh...bah... Gus et moi on en prend un ,Bill et toi l'autre et Tom dormira par terre ! avait répondu Georg.
- Oui parce que Tom est tombé le 1er ! renchérit Gustav
- Nan en fait c'est bon Tom dormira avec son frère et moi j'irai dons le canapé du salon, elle avait reprit.
- Non ! c'est à moi de dormir dans le canapé ! c'est mon gage !
- Bon bah ...Bill si ça te dérange pas on fait comme ça ... elle m'avait demandé en rougissant.
Et j'avais répondu qu'il n'y avait aucun problème, enchanté à l'idée de passer une nuit près d'elle, tout en espérant que d'autres suivraient. "
Ni la première fois où je lui ai avoué mes sentiments :
"
Renversée par une voiture, Lounete avait été emmenée en urgence à l'hopital et j'avais resentit un vide immense ce jour-ci, bien que je ne la connaissait pas depuis si longtemps que cela, une complicité c'était installée entre nous et j'avais l'impression de perdre tellement d'un seul coup. J'étais venu comme la veille, lui rendre visite dans sa chambre blanche et lui avait déposé un baiser sur le front en lui disant :
- Coucou ma Lounete,aujourd'hui on a chanté "ich brech aus" ,c'est une message pour te dire qu'on se bat nous aussi avec toi.
D'ailleurs Tom,Gustav et Georg m'ont dit de te dire qu'ils pensaient fort à toi....
Il n'y avait aucun bruit dans la chambre mis à part celui du cardiogramme et j'avais peur que d'un coup il fasse un bip assourdissant, lancinant qui sonnerai la fin de sa vie .Dans le couloir,il n'y avait personne.J'avais alors décidé de lui avouer mes sentiments même si je ne savait pas si elle les entendrai ou pas.Je lui avais pris la main et la lui avais sérée très fort en disant :
-Lounete ,Je t'aime...
A ce moment là j'avais entendu le cardiogramme accéléré tout doucement et, comme dans un film à l'eau de rose, j'avais senti la main de Lounete se refermer sur la mienne . J'avais posé un regard ému et protecteur sur son visage qui sortait d'un long sommeil. Mon autre main s'était posée près de sa hanche.Elle m'avait regardé et avait prononcé des mots à peine audible mais que j'avais quand même compris car ils venaient du coeur :
- Je t'aime aussi Bill .. "
Cet épisode de ma vie, que j'avais tendance à oublier trop facilement, me rapelle que personne n'est invincible, qu'on peut tout perdre rapidement, sans rien pouvoir y faire, qu'il ne s'agit pas de pleurer sur son sort après en se disant qu'on n'aurait pas du attendre pour avouer telle ou telle chose, et c'est pour cela qu'il faut vivre la vie pleinement, cela n'enlève pas la peine que l'on ressent dans des moments comme cela, mais au moins, aucun regret ne sera là pour nous ronger, et on pourra dire qu'on en a bien profité.
J'accélère alors le pas et arrive rapidement devant sa porte, et je frappe déterminé contre le bois dur qui me sépare d'une grande explication avec la femme que j'aime .
/ Externe /
- Alors Bill, ça s'est passé comment ? demande Tom depuis la cuisine en entendant son frère rentrer.
- J'ai faim, répond l'intéréssé en entrant dans la même pièce que son jumeau.
Tom ne peut s'empêcher de faire une grimace à l'entente de cette phrase si courte mais qui veut dire tant de chose, celle qui signifie que Bill va retomber, dans un futur iminent, dans une nouvelle phase de crise, car cette phrase signifie juste :" mal ".
Le dréadé tire la petite chaise en bois sur le carrelage et l'ammène sous ses fesses pour s'assoir dessus, de manière à se retrouver face à Bill, ce-dernier étant accoudé sur la vieille table ronde tout en essayant d'éplucher une clémentine, en vain, l'esprit trop embrouillé. Néanmoins, son visage ne laisse paraitre aucune trace de tristesse, ni même de peine ou encore de détresse aux yeux du blond. Une petite pointe de déception peut-être.
- Bon, tu me racontes ? Questionne-t-il en prenant le fruit des mains de son frère afin de l'éplucher à sa palce.
- Il n'y a pas grand chose à dire tu sais .
- Dis quand même, insiste Tom.
- Bien, répond l'androgyne en récupérant sa clémentine épluchée et en laissant une moitié à son jumeau, elle n'était pas là.
- Hein ? Comment ça pas là ?
- Bah pas là, absente quoi, elle était pas chez elle.
Tom reste un moment la bouche ouverte, faisant tomber de manière élégante un quartier de sa clémentine qu'il avait commencé à mâcher. Il s'était imaginé toutes sortes de scénarios, que Lounete ne lui réponde pas, qu'elle n'ouvre pas, qu'elle ne veuille pas le voir, ou plus positivement qu'elle lui saute au cou les larmes aux yeux en lui avouant qu'il lui avait manqué, mais qu'elle ne soit pas là, ni l'un ni l'autre ne l'avait envisagé.
Le blond remit machinalement son morceau fugueur dans sa bouche tandis que Bill mangeait tranquillement le sien, sans un regard pour son frère, calme, bien trop calme pour une situation pareil pense Tom.
- Ah, il commence à tomber des gouttes, dit le brun en entendant le bruit caractéristique de la pluie martelant les carreaux.
- Mais, qu'est ce que t'as fait alors, t'es resté dehors pendant deux heures ?! Et Lounete, elle était où ?
- Je ne sais pas où elle était, Quentin m'a dit qu'elle était partie chez une amie et qu'il ne savait pas quand elle rentrerait.
- Et il va bien ? Et elle ? coupe Tom avant que Bill n'ait eu le temps de terminer ses explications.
- Ils vont bien, je suppose, tu sais, j'ai pas trop parlé à Quentin, je crois qu'il ne m'aime pas trop, répond l'androgyne toujours aussi imperturbable, non en fait, je pense juste qu'il n'aime pas trop tous les mecs qui approchent de sa petite soeur. Du coup, j'ai passé ces deux dernières heures avec fanny et alison, je crois qu'elles étaient contentes de me revoir, elles nous ressemblent quand on étaient petits je trouve, enfin de ce que je me souviens de quand on étaient tout petits, elles ont les même petites manies de jumeaux que nous, tu sais ?
- Une autre clémentine ? Reprend-il en voyant que Tom ne réagissait pas. Il prend le silence de son frère pour un oui et commence à éplucher un deuxième fruit, imitant la technique du blond afin de percer sa peau sèche.
Comme précedemment, l'androgyne dépose la moitié de son casse-croute devant Tom et commence à manger le sien, recrachant de temps en temps quelques pépins le gênant dans sa dégustation.
Si Tom ne parvenait pas à comprendre le comportement de son double à ce moment précis, il en était de même pour Bill. Bien qu'ils n'aient aucune idée de comment fallait-il réagir dans un cas pareil, ils savaient que ce n'était certainement pas de cette manière là, Bill était bien trop calme et au contraire, Tom bien trop ahuri.
Soudain, sans crier garde, Tom se lève précipitament, faisant frotter la chaise sur le carrelage dans un bruit sec. Son frère surpris mais surtout curieux de savoir quelle mouche avait piqué son frère pour que celui-ci brise si brusquement le silence qui commençait à s'installer. Bill pensa, que si le silence pouvait parler, il dirait surement à Tom de ne pas le couper si hâtivement alors qu'il avait tout à fait sa place dans un moment comme cela. Mais Bill était raisonné et se dit bien vite que cette reflexion qu'il s'était faite était idiote. Cette histoire le rendait idiot.
- Mais, mais Bill mais ça te fais rien ou quoi ?! Réagis merde, dis quelque chose ! J'ai l'impression que ça te fais rien ! Je ne peux pas croire ça, tu avais mis tellement d'espoir dans ces retrouvailles ! Dit Tom d'une traite en frappant du poing sur la table, plus d'incompréhension que de colère.
- Et arrête avec cette clémentine ! Reprend le blond en arrachant le fruit des mains de son frère.
- Non, tu as raison cela ne me fait pas " rien ", comme tu dis, répond calmement Bill, seulement je ne vois pas l'utilité de pleurer sur mon sort, j'y retournerais demain, voilà tout.
Sur ce, Bill sort de la petite pièce d'un pas assuré, la tête haute, dédaignant presque son frère jumeau, qui lui reste sonné de la scène qui vient de se passer.. Vraiment, rien ne se passait comme prévu depuis un certain temps, ce qui ammena Tom à se demander justement depuis quand cela durait, depuis quand le chemin de sa vie était fait d'autant de virages ? Après quelques minutes de reflexion, de plongée dans la passé, le blond vint à la conclusion que les changements sont venus à partir du moment où sa notoriété a commencé, au début de Tokio Hotel.
Sortit lui aussi de la cuisine et désormais allongé sur son lit, le blond se dit que finalement la fin du groupe a vraiment du bon, que tout allait rentrer dans l'ordre petit à petit maintenant que l'on commençait tout juste à les oublier, maintenant que la plupart des fans avaient céssées de croire au retour de leurs idoles, ils allaient enfin pouvoir respirer.
Tom s'endort tranquillement sur cette douce pensée qui a eu l'effet d'estomper sa stuper de tout l'heure.
Mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il n'est pas allé assez loin dans son raisonnement, et que la raison de tous ces changements ne vient pas du succès de leur groupe de rock, pour comprendre, il faut remonter un tout petit peu avant, dès la création de Devilish, car c'est à cet instant qu'ils ont, Bill, Gustav, Georg et lui-même, commencé à bosser vraiment sur la musique, à travailler tellement dur pour percer,qu'ils en ont vite délaissé le reste. Non pas l'école, mais leur famille, leur Maman. Car oui, ces quatre garçons dans le vent, ont beaucoup moins vu leur mère qu'avant, elle n'était plus à leur côté, elle n'était plus là pour leur faire un chocolat chaud quand cela n'allait pas. Elle était là bien sûr, dans leur esprit, mais cela ne suffit pas.
Tout le monde connaît se changement dès lors que l'on quitte le cocon familial, car on a tous besoin d'une maman, qu'on soit jeune ou pas, à tout âge, même Lounete, car, aussi horrible qu'elle a pu être, Sophie restera toujours sa mère, et tout au fond d'elle, elle l'aimera toujours et réciproquement, malgré tout.
[ * * * ]
De son côté, Lounete ne se sentait pas bien. Il était à présent 01h 00 passée, et elle tremblait dans son lit. Elle hésitait entre pleurer de déception et rire jaune sous l'ironie du sort, peut-être pourrait-elle faire les deux, mais elle ne fait rien et se contente de se tourner et de se retourner dans son lit.
Elle avait trop chaud, ou peut-être trop froid, elle était perdu ou peut-être venait-elle de se retrouver, de le retrouver, indirectement. Elle écoutait la pluie battante frapper sans relâche contre ses volets, et elle sentait toute la violence de ces gouttes assasines lui piquer la peau.
Cela faisait sept heures, sept longues heures qu'elle était revenue de chez Mégan, sans se douter de ce qui l'attendait une fois qu'elle serait rentrée chez elle.
En effet, ses filles regardaient un dessin animé, assises tranquillement à côté de Quentin qui jouait pleinement son rôle de tonton.
Jusque là, rien d'anormal.
A peine avait-elle franchie le pas de la porte, que l'attention de Fanny et Alison s'était détaché du charmant petit ourson au t-shirt rouge qui occupait l'écran, et elles s'étaient précipitées sur leur mère, en parlant en même temps avec une vitesse incroyable ce qui obligea Lounete à leur faire répéter plus calmement.
- C'est papa, maman, il est rentré ! avait dit joyeusement Fanny
- Bill ? Il est où ? avait demandé Lounete ayant du mal à y croire.
- Il est parti mais ...
-On a demandé où il était avant, avait reprit Alison en tendant un petit bout de papier qu'elle avait coincé entre son ventre et son pantalon à sa mère, il est là.
Et maintenant, Lounete ne cessait de serrer ce petit bout de papier, qui la tenait près de bill, contre son coeur, si bien que l'adresse inscrite n'était plus visible, mais ce n'était pas si grave que cela, elle la connaissait maintenant sur le bout des doigts, à force de l'avoir lu et relu toute la soirée, l'adresse était imprimée en elle.
Seule dans son lit double, sentant plus que jamais que la place à côté d'elle était réservée à Bill et qu'il devrait y être en se moment, elle se posait des questions.
Elle se demandait notamment pourquoi son mari, car elle le considéait comme tel, ne l'avait pas attendu toute la soirée, pourquoi est-ce qu'il ne l'avait pas appelé pour lui dire qu'il viendrait, pourquoi n'avait-il pas laissé un mot à son égard en plus de son adresse, car même si elle redoutait un tant soit peu la confrontation avec Bill, elle espérait profondément qu'il ait fait tout cela, mais ce n'était pas le cas.
Au fond d'elle, elle essayait de trouver de la deception enevrs Bill, mais elle n'y arrivait pas. Tout ce qu'elle réussi à trouver, c'était de la honte, de la deception, et tout un tas d'autres sentiments mauvais, mais envers elle. Après tout, pourquoi chercher à remettre la faute sur Bill ? Pour se soulager, pour se sentir plus propre, sans rien n'avoir à se reprocher ? Parce qu'il y a bien une chose dont elle était sûre, c'est que son mari faisait toujours tout pour la satisfaire, c'était toujours lui qui faisait le premier pas après une dispute, toujours lui qui cherchait à recoller les morceau. Elle savait qu'au pire il tenait beaucoup à elle et qu'au mieux, il l'aimait comme un fou. Et elle dans tout ça ?
Elle savait que vivre sans Bill ne rimait à rien, elle avait trouvé un équilibre avec lui, ils avaient réussi à lutter contre tellement de chose ensemble, des choses que seule elle n'aurait jamais pû supporter. Son androgyne, son mari, sa flamme, son bonheur, était tout pour elle, il n'y avait pas de mot pour qualifier ce qu'elle ressentait pour lui, dire qu'il était son âme-soeur aurait été trop peu. Amoureuse, elle l'a été avant de le connaître, plusieurs fois même, mais de cette manière jamais, et comme Lounete est comme tout les humains, dès qu'elle trouve une parcelle de bonheur et d'amour aussi puissant, elle s'y accroche sans relâche égoïstement parfois, ou plutôt, c'est ce qu'elle devait faire, s'y accrocher jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à en perdre la vie, elle le devait pour se sauver, pour sauver sa famille, et inconsciemment, pour sauver Bill aussi.
Oui, Bill fait toujours le premier pas se disait-elle, et il est temps que ça change, il est temps que je fasse le deuxième.
Lounete tire un grand coup sur ses draps de manière à les faire tomber au pied du lit. Elle ouvre rapidement son armoire pour troquer son short et débardeur qui lui servit de pyjama contre une robe rouge, car c'était la première chose qui lui était tombée sous la main, bien qu'elle sache qu'il pleuvait des cordes dehors, elle s'en fichait pas mal.
Et c'est donc sans s'en rendre compte, qu'elle enfile la robe ouge que Gustav lui avait offert lorsqu'elle était sortie du coma, lorsque Bill lui avait déclarer son amour. C'était la tenue dans laquelle tout avait commencé réellement, et dans laquelle tout recommencerait.
Elle sort de sa chambre pour aller dans la voisine, celle de son frère. Ce dernier est profondement endormi et ne l'entend pas rentrer, Lounete s'approche de lui, se penche sur son visage et embrasse ses lèvres, comme elle le faisait petite afin de se donner du courage. Quentin ne se réveille pas à ce contact, mais un début de sourire vient fendre sa bouche, et inconsciemment celle de sa soeur.
Puis, toujours à pas de loup, elle entre dans la chambre de ses filles et vient leur baiser le front et les reborder afin qu'elles n'attrapent pas froid.
Mais alors qu'elle allait sortir, Fanny se réveille doucement et demande la voix pleine de sommeil :
- Maman ? Tu vas où ?
- Chercher papa.
La petite sourit et se rendort aussitôt.
Lounete prend le soin d'écrire un petit mot sur un post-il jaune qu'elle colle sur le frigo afin de prévenir Quentin de l'endroit où elle se rendait.
Ensuite, elle ouvre la petite boit pendue près de la porte et y attrape ses clef de voiture.
Elle traverse le salon afin de gagner la porte d'entrée, et s'arrête un instant devant son chat, Chausson, qui dort, confortablement installé sur son coussin en fil d'or que lui avait offert Bill lorsque grâce à ce félin de canapé, ils avaient retrouvé Tom torturé, dans le restaurant Désolation.
Elle passe la porte de la maison qu'elle referme à clef après avoir enfilé ses chaussures et court à sa voiture, garée dans l'allée, essayant de passer à travers les gouttes tout en se protégeant la tête de ses bras.
Enfin installée derrière son volant, elle souffle un coup et remet ses cheveux en place pour se redonner un peu de contenance. Elle prend son gps tom-tom go - encore un signe se dit-elle - posé sur le siège passager et y entre l'itinéraire à suivre.
Elle allume son poste de radio en mettant le volume assez bas pour pouvoir entendre la voix du gps, et laisse Wish you were here d'incubus la détendre avant de démarrer.
Après diverses petites rues noires, non-éclairées par les hauts lampadaires, elle longe un long champ de blef, fraichement labouré et se gare enfin devant une petite maison en pierre, semblant être, d'après les autres maisons voisines jumelles à celle qui se tient face à elle, un gîte.
Sans réfléchir une seconde de plus, de peur de douter et de reculer si justement elle le faisait, Lounete sort rapidement de sa voiture en prenant tout de même la peine de la fermer à clef et se rue devant la porte.
Son poing s'apprête à frapper doucement la porte marron, mais s'arrête à mi-chemin.
Lounete vient de se rappeler de la frayeur de Tom envers la nuit, depuis son enlèvement, de sa peur que tout recommence un nouvelle fois, et bien qu'il aille mieux maintenant, elle ne vaut pas risquer de l'effrayer et de recréer cette panique dévorante dans l'esprit de son ami.
Elle réfléchit rapidement à la meilleur solution pour prévenir Bill de sa présence ici, et après avoir décréter que frapper au volet sans savoir où Bill dormait était un risque de plus pour Tom, elle retourne à sa voiture et attrape son portable posé sur la tableau de bord.
Elle ne prend pas la peine de se réinstaller dans son véhicule pour téléphoner et se rapproche à nouveau de la maison, espérant ainsi bêtement que Bill l'entendrait mieux depuis qon portable que si elle était restée dans voiture.
La pluie continue de lui frapper son visage sans ménagement, et c'est les doigts trempés et les mains tremblantes qu'elle essait de composer le numéro de son mari.
Au bout de trois essais, des tonalités reviennent enfin jusqu'à ses oreilles.
6 Tonalités. Bip. Vous êtes bien sur le répondeur de Bill, je suis pour le moment en train de faire une tournée, ou de la payer, je vous rappellerais si je ne suis pas trop fatigué ou bourré . Bip.
Allez, Bill répond.
[ * * * ]
Il ouvre péniblement ses yeux pleins de sommeil et se retourne dans son lit. Il se souviens qu'il dormait bien, il commençait même à rêver, mais pour un raison quelconque, quelque chose l'a poussé à se réveiller, une sorte de présentiement. Par réflexe, il se tourne vers la porte pour voir si quelqu'un est entré, puis, constatant que ce n'est pas le cas, il se retourne vers la fenêtre, il est vrai que Bill s'endort toujours plus facilement du côté droit.
Il referme les yeux, mais le bruit caractéristique d'un portable qui vibre sur un meuble en bois lui fait faire le chemin inverse. Il regarde l'objet lumineux tourner sur la table mais décide de ne pas répondre, qui pourrait bien l'appeler au beau milieu de la nuit à part quelqu'un de cinglé ?
Il met sa couette par dessus sa tête afin de ne plus entendre ce bruit assez désagréable et soupire de contentement quand il voit qu'il s'arrete.
Soupir qui se transforme vite en grognement quand il entend qu'il sonne de plus belle.
En rechignant, il décide d'attraper son portable et de regarder qui l'appelle : " Appelant Inconnu ".
Le brun prononce toute une panoplie de nom d'oiseau en essayant d'étouffer dans son oreiller cet assourdissant vrombissement.
Malheureusement pour ses tympans, la personne qui essait de le joindre de semble pas être prête de lâcher l'affaire et il se décide enfin à répondre, d'une voix sèche qui montre bien son énervement, certes, mais il répond tout de même :
- Allô ?
- Bill, c'est moi, prononce Lounete après un temps, refroidi par l'acceuil de Bill, ne sachant pas qu'elle l'appelait en numéro caché.
- Lounete ?! Qu'est ce qu'il y a ? Il t'es arrivé quelque chose de grave ? ça ne va pas ? t'es où? Tu veux que je vienne ?
- Bill, je suis devant la porte.
- Devant la porte . Quelle porte ? demande l'androgyne en commençant à se sortir des draps.
- Celle de chez toi, celle du gîte.
- J'arrive tout de suite, ne bouge pas !
Il jette violemment le reste de sa couette à ses pieds, enfile rapidement ses claquettes et se rue instinctivement devant la chambre de Tom.
Il le secoue énergiquement en disant son nom pour qu'il ouvre enfin les yeux, une fois chose faite, le brun attend quelques secondes afin qu'il puisse assimiler clairement ce qu'il lui dit et pour ne pas qu'il se croit en plein rêve.
- Bill ? Qu'est ce qu'il se passe ?
- Lounete est là !
- Là dans la chambre ? demande-t-il surpris
- Mais non, elle est là à la porte, je voulais juste te prévenir que j'allais la chercher.
- Tu restes ici avec elle ce soir ?
- Oui je pense, je t'ai prévenu pour pas que tu t'inquiétes du bruit, je te laisse te rendormir.
- Bon courage Bill.
- Merci, dit-il en embrassant délicatement la joue de son frère.
Tout aussi rapidement, l'androgyne quitte la pièce sans même remarquer qu'il venait de trébucher contre une chaussure de son jumeau. Le gîte étant petit, il ne met pas longtemps à atteindre la porte d'entrée et encore moins à serrer et baisser sa poignée fermement, celle-ci étant difficile à pousser.
C'est soudainement qu'il se retrouve dehors, sous la pluie incessante, portant seulement un boxer et un T-shirt à son frère - il se dit que jamais il n'avait été aussi content que les t-shirt de son frère fasse robe et le recouvre jusqu'au genoux - et cherchant Lounete des yeux.
Et elle est là, juste près du chêne centenaire, s'abritant, en vain, de la pluie.
Ils se regardent, elle est trempée de la tête aux pieds depuis au moins dix minutes et Bill commence tout juste à l'être.
D'un commun accord silencieux, ils avancent l'un vers l'autre, d'abord doucement puis d'un pas préssé.
Arrivé l'un en face de l'autre, ils se regardent un tiers de secondes, faisant passer tout un tas de messages dans leurs prunelles, puis, de façon synchronisée, ils se serrent dans leur bras,à en étouffer, mais ni l'un ni l'autre ressentant cet étouffement, au contraire, ils avaient l'impression que jamais ils avaient si bien respiré.
Bien qu'étant sous la pluie battante, Lounete se sentait de plus en plus réchauffée quant à Bill, il lui semblait que sa chaleur corporelle commençait enfin à descendre.
Ils se serrent si fort qu'ils en oublient la pluie, ils décompressent tellement, ils oublient si vite l'angoisse accumulée ces dernières semaines, que leurs muscles se détendent, si bien que Lounete en laisse tomber, sans s'en rendre compte, son portable dans l'herbe humide, ils sont si bien qu'ils en oublieraient presque ce pourquoi ils se revoient : l'explication.
Malheureusement ou Heureusement pour eux, en violent éclair perce les nuage et un bruit sourd le suit de près, ramenant le couple à la réalité et les faisant courir à l'intérieur à l'abri.
Une fois à l'intérieur, les deux étouffent des sourires nerveux, troublé parce qu'ils venaient de faire, bien que ça ne soit pas grand chose, ni l'un ni l'autre ne s'attendait à cela, ils avaient un peu peur maintenant de savoir qu'un un instant, juste en se regardant, ils pouvaient oublier toutes leurs résolutions, aussi bonnes soient-elle.
S'en suit tout un passage de silence, pas un silence embarrassant, le même silence que celui des amants qui se retrouvent nus, l'un en face de l'autre pour la première fois.
Mais encore une fois, Bill fait le premier pas et dit à Lounete :
- Viens, on ferait mieux d'aller se sécher avant de tomber malade.
Lounete acquiesse et ils partent tous les deux, pas mains dans la main, mais presque, dans la salle de bain.
Une fois cette pièce étroite éclairée, le couple met un petit temps à s'habituer à la lumière, puis entre en même, manquant de se coincer dans l'entrebaillement de la porte, cette mésaventure qui tir un sourire amusé sur les lèvres des deux jeunes.
Bill se racle la gorge et tend une serviette à Lounete avec le peignoir de Tom puis prend le sien ainsi qu'une serviette.
Par politesse et respect, ni l'un ni l'autre ne se regardent une fois que leur corps se retrouve couvert uniquement de sous-vêtement, et poutant, ce n'est pas comme s'il ne s'était jamais vu nus, mais ils retrouvaient en ce moment même, la pudeur des premiers instants.
Lorsque Bill se baisse pour se sécher les jambes, ses fesse creuses entre en contact avec celle muclées de Lounete, tout deux ont le reflexe de se reculer instentannément et de rougir ans pour autant s'en rendre compte.
Un fois que Bill est sec, il se retourne vers Lounete qui a, elle aussi, déjà enfilé son peignoir. Le brun lui prend délicatement sa serviette des main et la porte aux cheveux de sa dulcinée afin de lui prodiguer un massage cranien relaxant, faisant passer les plus posible d'amour dans cet acte. Amour qui parvient sans mal au coeur de Lounete qui se relaxe et soupire d'aise.
Pour finir, Bill éffleure tendrement le cou de Lounete avec ses lèvres avant de gémir à son tour.
Lounete se retourne et caresse lajoue de son mari en souriant, sourire qui devient vite communicatif, et c'est dans cette position qui le brun emmène Lounete dans sa chambre de séjour.
La brune s'assoit sur le bord du lit défait et son mari, après s'installe à ses côté, le silence devient de nouveau maitre des lieux avant que Bill recommence à parler :
- Je... Tu commences ou je commence ? Questionne-t-il se sentant déjà prêt à recevoir les reproches de sa femme au visage.
- Tu commence, répond timidement la jeune fille.
- Finalement je crois que je préfererais l'inverse, rit Bill installant derechef un court silence
- Je m'en veux, pardon, disent-ils en même temps.
- Quoi ? repètent-ils en choeur.
- Bon très bien, je vais commencer, décrète Lounete.
- Je sais que ce n'est pas une excuse, je n'essaie pas de m'appitoyer sur mon sort, mais je me suis détestée après la... cérémonie, reprend-t-elle, je... tu sais je déteste tout ces gens, je critique sans cesse leur manque de franchise, leur manque de courage, leur hypocrisie, et...ce jour-là, j'ai été encore pire que j'ai... j'ai été d'une lâcheté incroyable, je t'ai laissé tout seul, je t'ai laissé assumer tout seul alors que tu n'y étais pour rien et que tu n'avais en aucun cas à supporter ça plus que moi ... Mais je suis partie, je t'ai laissé, j'ai laissé mon père, le prêtre et tous ces invités, ça aurait du être le plus beau jour de ma vie et par ma faute, ça a été un vrai cauchemar, je m'en veux tellement pour ça... finit-elle en regardant Bill droit dans les yeux, lui qui ne l'avait pas interrompu pendant ce discours, ce silence qu'elle croit sentir lourd de reproche.
- J'ai du mal à comprendre ton raisonnement là ... Tu t'excuse pour quoi en fait, tu me demande de t'excuser d'être partie ? Tu me demande te t'excuser pour ne pas avoir sur assumer ?
- Oui, même si je sais que c'est difficile, j'aimerais vraiment que tu me pardonnes...
- Ben ça alors, j'aurais jamais pû penser que tu me dirais cela ! dit le brun surpris.
- Tu ne veux pas me pardonner, tu veux que je te laisse encore un peu de temps ?
- Mais pour avoir envie de te pardonner, il faudrait au moins que je t'en veuille ! s'exclame-t-il.
- Tu, Tu ne m'en veux pas ? questionne Lounete hébétée.
- Bien sûr que non, je m'en veux à moi, moi aussi je me suis détesté de ne pas avoir su te retenir, j'allais promettre devant Dieu de t'apporter de la protection, de l'amour, et au lieu de ça, jete laisse partir sans te suivre, je te laisse toute seule affronter une fois de plus les foudres de ta mère ! Et toi, tu veux que je te pardonne quoi ? D'avoir eu peur de ta mère? Je crois qu'on en a tous eu peur ce jour-là et qu'on a tous été tellement surpris qu'on a eu des réactions, toi la fuite, moi l'impassabilité, ton père la colère, ... Ne crois pas avoir gâché cette journée, tu sais bien que les plus beaux jours de ma vie son en ta compagnie.
Une fois de plus, Bill a dit tous les mots que Lounete souhaitait entendre, et cette-dernière se dit à cet instant précis, que ce beau brun était vraiment l'homme avec qui elle voulait vivre sa vie, ses joies, ses peines, elle voulait vraiment partager sa vie avec lui, avec ce Bill parfois égoïste, perfectionniste, ambitieux, curieux, pessimiste, drôle, bordélique, ... mais surtout ce Bill amoureux qui la rendait si heureuse, et qu'elle rendait si heureux, cette Lounete pour qui il avait arrêté l'aventure Tokio Hotel, pour qui il avait revu ses principe et eu des enfants, cette Lounete parfois lâche, déterminée, tétue, irascible, ...et qu'il aimerait, il en était certain, jusqu'à la fin de ses jours.
Inconsciemment, les deux amoureux se sont allongés sur le lit, l'un en face de l'autre, et ne cesse de se regarder, de combler le manque de l'autre qu'ils ont ressenti ces derniers jours. Lounete a maintenant de nouveau une chaleur corporelle normale, tout comme Bill. Le ventre de ce-dernier lui semblait aussi tout à coup moins rond, et il prend du plaisir à se coller contre sa femme, à se caresser par dessus leurs peignoirs, à s'admirer, à s'aimer comme aux premiers jours, à être serein tout simplement.
- Dis moi Bill, chuchote Lounete, de peur de briser cet instant de retrouvaille.
- Hum ?
- Est-ce qu'on pourra quand même faire notre lune de miel ? demande-t-elle timidement.
- Je te retrouve bien là ! rit Bill de bon coeur, évidemment, tu sais que je ne peux rien, ou presque, te refuser, reprend sérieusement le brun.
Et pour la première fois de la soirée, les lèvres de Lounete viennent se connecter délicatement à celles de son mari, qui ne se le refait pas dire deux fois, et qui se colle encore plus à elle, il la serre dans ses bras et a plus que jamais l'impression de ne faire qu'un avec cette petite brune qu'il avait rencontré un 23 du mois, dans un fast-food parisien.
L'épilogue de cette histoire pourrait être << Il vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants >>, mais ce serait vous mentir. La vie n'est pas un conte de fée, et encore moins un monde de bisounours, tout ne se finit pas toujours bien, tout n'a pas une fin, l'éternité existera, tant qu'il y aura des gens pour y croire.
Mais pour l'atteindre, il faut un peu de courage, beaucoup de patience et iffiniement d'amour.
Bien entendu le chemin de chaque individu est semé d'embûche, Lounete et Bill en connaitront encore beaucoup, ils n'ont pas vécus autant de bonheur,ni autant de malheur, pour s'arrêter en si bon chemin, vous ne pensez pas ? Mais ils y arriveront, ensemble, en se donnant la main, l'amour et l'amitié forme une belle famille recomposée, certains se perdront peut-être en chemin, mais il y aura toujours quelqu'un pour ramener la brebis égarée au troupeau, au troupeau d'amis, au troupeau de l'amour.
N'êtes-vous pas sereins vous aussi pour leurs avenirs? Evidemment, ils deviendront vieux et tout fripés, évidemment ils souffriront peut-être d'arthroses, de rhumatismes, après tout ils ne sont qu'humains, n'est-ce pas ?
Mais jusqu'au bout ils seront heureux, car ne trouvez-vous pas que Bill, Lounete, Tom, Georg, Fabian, Gustav, Quentin, Pascal, Fanny et Alison forment la plus belle chaine de l'amitié que vous n'ayez jamais vu ?
ETERNi Té ;)